Réglementation VGP9 min de lecture·22 juin 2026·Par Eric, expert VGP

Qui peut réaliser une VGP ? Ce que la réglementation exige vraiment de la personne qualifiée

Technicien interne, organisme accrédité, indépendant certifié : tout le monde ne peut pas signer un rapport VGP. Voici ce que la réglementation impose vraiment.

Un rapport VGP signé par la mauvaise personne, c'est un rapport nul. Et un rapport nul, c'est comme si la vérification n'avait jamais eu lieu — avec toutes les conséquences juridiques que ça entraîne pour l'employeur et pour vous.

Ce que dit le Code du travail sur la personne qualifiée

L'article R.4323-23 du Code du travail pose le cadre : les vérifications générales périodiques doivent être réalisées soit par des organismes accrédités, soit par des personnes qualifiées appartenant ou non à l'établissement. La formulation est volontairement large — mais elle ne signifie pas que n'importe qui peut s'y coller. Le mot "qualifiée" a un sens précis, et c'est là que beaucoup de situations posent problème sur le terrain.

L'arrêté du 1er mars 2004, qui précise les modalités d'application pour les équipements de travail, ne donne pas de liste de diplômes ou de certifications obligatoires. Il renvoie à une notion de compétence technique démontrée, liée à la nature de l'équipement contrôlé. En pratique, cela signifie que la qualification d'un vérificateur s'apprécie au cas par cas, en fonction du matériel concerné — ce qui complique sérieusement les choses quand il faut justifier sa légitimité devant un inspecteur du travail ou après un accident.

Les trois profils qui peuvent légalement signer une VGP

Sur le terrain, on rencontre trois configurations, chacune avec ses propres exigences et ses propres zones de risque.

L'organisme accrédité COFRAC

C'est le profil le plus robuste juridiquement. Un organisme accrédité par le COFRAC (Comité Français d'Accréditation) dans le domaine concerné — levage, équipements de chantier, PEMP, etc. — dispose d'une reconnaissance formelle de sa compétence technique. L'accréditation couvre à la fois les procédures, les outils et les personnes habilitées en interne. Si un vérificateur intervient au nom d'un tel organisme, sa légitimité est difficilement contestable.

Ce que beaucoup ignorent : l'accréditation est spécifique à un domaine et à un référentiel. Un organisme accrédité pour les ponts roulants ne l'est pas forcément pour les chariots élévateurs. Vérifier la portée exacte de l'accréditation avant chaque mission, c'est une précaution élémentaire.

La personne qualifiée extérieure non accréditée

C'est le statut de nombreux indépendants et de petites structures de contrôle. La réglementation l'autorise explicitement, à condition que la compétence soit réelle et documentée. En pratique, cela se traduit par une combinaison de formation technique initiale (BTS Maintenance industrielle, Licence Pro Mécatronique, diplôme d'ingénieur), d'une expérience terrain démontrable sur les équipements concernés, et souvent d'une certification professionnelle reconnue par la branche.

La certification CERTIFOPAC, délivrée par des organismes comme Bureau Veritas Certification ou SGS, est aujourd'hui la référence la plus répandue pour les vérificateurs indépendants en levage. Elle n'est pas obligatoire au sens légal strict — mais elle constitue la preuve la plus solide de qualification en cas de litige. Un vérificateur qui peut montrer une certification CERTIFOPAC valide, un CV cohérent avec les équipements audités et une assurance RC professionnelle est en position bien plus solide que celui qui se contente de faire valoir ses années d'expérience.

La personne qualifiée interne à l'entreprise

Oui, le Code du travail l'autorise. Un salarié de l'entreprise utilisatrice peut théoriquement réaliser la VGP de ses propres équipements — à condition qu'il soit réellement qualifié. En pratique, c'est une configuration que les inspecteurs du travail regardent de très près, précisément parce qu'elle crée un conflit d'intérêt potentiel. La tentation de ne pas déclarer une anomalie sur un équipement appartenant à son propre employeur est réelle. Ce n'est pas interdit, mais c'est risqué — pour l'entreprise, et pour le salarié qui signe.

Si vous êtes dans ce cas, ou si vous auditez une entreprise qui a recours à cette pratique, la question à poser est simple : est-ce que ce salarié a reçu une formation spécifique documentée, est-ce qu'il dispose des outils nécessaires au contrôle, et est-ce que sa hiérarchie ne peut pas faire pression sur ses conclusions ? Si la réponse à l'une de ces questions est non, la VGP est contestable.

Compétence technique : ce qu'on attend concrètement

La réglementation ne fixe pas de grille précise, mais la jurisprudence et les pratiques d'inspection convergent vers des attendus clairs.

Pour un vérificateur qui intervient sur des appareils de levage au sens large — ponts roulants, nacelles, chariots à mât rétractable, grues à tour — on attend une maîtrise des mécanismes de levage (câbles, chaînes, crochets, limiteurs de charge), une connaissance des normes applicables à chaque type de machine (EN 13001 pour les grues, EN 1494 pour les vérins, etc.), et la capacité à identifier les défauts caractéristiques de chaque composant : fissures de fatigue sur les crochets, usure des galets de roulement, déformation plastique des structures porteuses.

En 2023, lors d'un contrôle DIRECCTE dans une entreprise de logistique du Nord, un rapport VGP signé par un technicien interne a été invalidé précisément parce que la traçabilité de sa formation ne couvrait pas les chariots à mât rétractable, alors qu'il en avait contrôlé 14 dans le rapport. Résultat : remise en service interdite sur l'ensemble du parc le temps de faire intervenir un organisme qualifié. Trois jours d'arrêt, coût estimé à 40 000 € de production perdue.

Les questionnaires VGP terrain bien structurés jouent un rôle ici : ils matérialisent le niveau de rigueur du contrôle et constituent une preuve indirecte de la compétence du vérificateur.

Ce que vous devez être capable de prouver

En cas d'accident ou de contentieux, la question ne sera pas seulement "est-ce que l'équipement était conforme ?" mais aussi "est-ce que la personne qui a signé ce rapport était légalement habilitée à le faire ?" Ces deux questions sont distinctes, et la seconde peut annuler la valeur juridique de la première.

Concrètement, voici ce qu'un vérificateur qualifié doit être en mesure de produire :

  • Les diplômes ou titres professionnels attestant d'une formation technique pertinente
  • Les certifications professionnelles en cours de validité (CERTIFOPAC ou équivalent reconnu)
  • Un CV ou dossier de compétences faisant apparaître l'expérience sur les types d'équipements concernés
  • Une attestation d'assurance RC professionnelle couvrant l'activité de vérification
  • Le cas échéant, la portée d'accréditation COFRAC si l'intervention se fait au nom d'un organisme accrédité

Ces documents ne remplacent pas la compétence réelle — mais ils en constituent la preuve opposable. Avoir un portail client VGP où ces informations sont accessibles et à jour permet aussi de répondre rapidement aux demandes de justification des donneurs d'ordre, de plus en plus fréquentes depuis 2020.

Les responsabilités réelles en cas de rapport défaillant

La signature d'un rapport VGP engage la responsabilité civile et potentiellement pénale du vérificateur. C'est une évidence que beaucoup minimisent jusqu'au moment où ça se concrétise.

Si un accident survient après une VGP qui n'a pas détecté un défaut existant et décelable, trois questions se poseront dans l'ordre : est-ce que le vérificateur était qualifié pour contrôler cet équipement ? Est-ce qu'il a appliqué une méthode de contrôle adéquate ? Est-ce que le rapport reflète fidèlement l'état de l'équipement au moment du contrôle ? Si la première réponse est non, les deux autres deviennent secondaires.

Les rapports VGP PDF conformes constituent la première ligne de défense : un rapport bien structuré, daté, avec les références de l'équipement, les points contrôlés, les anomalies relevées et les préconisations claires matérialise le sérieux de l'intervention. Mais sans qualification sous-jacente, même le rapport le plus impeccable reste attaquable.

La signature numérique VGP ajoute une couche de traçabilité : elle horodate le rapport, identifie précisément le signataire et rend toute modification ultérieure détectable. C'est un argument de sérieux que les donneurs d'ordre et les services d'inspection apprécient de plus en plus.

Pour gérer les échéances et éviter tout oubli de renouvellement de certification — CERTIFOPAC est valable 5 ans, avec obligation de recertification — un planning VGP automatique peut intégrer ces jalons personnels à côté des échéances réglementaires des équipements. Ce n'est pas anecdotique : un vérificateur dont la certification a expiré et qui continue d'intervenir est dans une situation aussi problématique qu'un équipement en surcharge.

Si vous cherchez à structurer l'ensemble de votre activité de contrôle — de la gestion des équipements clients à la production des rapports — le logiciel VGP Pro VGP centralise ces éléments et limite les risques d'oubli sur des points qui peuvent coûter cher.

Un point souvent négligé : la qualification par type d'équipement

Être qualifié pour contrôler des ponts roulants ne vous qualifie pas automatiquement pour les chariots à fourches, et encore moins pour les plateformes élévatrices de personnes. Chaque famille d'équipements a ses normes, ses modes de défaillance caractéristiques et ses points de contrôle spécifiques. Un vérificateur qui étend son périmètre d'intervention sans formation complémentaire documentée prend un risque réel — pour lui, et pour les utilisateurs des équipements qu'il signe.

Sur le terrain, ce glissement se produit souvent par opportunisme commercial : un client vous demande de contrôler un équipement légèrement différent de ce que vous faites habituellement, vous acceptez pour ne pas perdre le contrat. C'est compréhensible. C'est aussi le scénario exact que les avocats de la partie adverse reconstruisent en détail après un accident.

La règle pratique : si vous n'avez pas de formation spécifique documentée et d'expérience terrain sur un type d'équipement, refusez ou sous-traitez à quelqu'un qui en dispose. C'est moins rentable à court terme. C'est ce qui vous permet d'exercer encore dans dix ans.

Questions fréquentes

Un technicien de maintenance interne peut-il réaliser la VGP des équipements de son entreprise ?

Oui, le Code du travail (R.4323-23) l'autorise explicitement, à condition que ce salarié soit réellement qualifié sur les équipements concernés et dispose des outils nécessaires au contrôle. En pratique, les inspecteurs du travail examinent ces situations avec attention en raison du risque de conflit d'intérêt. La compétence doit être documentée : formation suivie, équipements couverts par cette formation, et indépendance effective vis-à-vis de la hiérarchie dans la rédaction des conclusions.

La certification CERTIFOPAC est-elle obligatoire pour réaliser des VGP ?

Non, elle n'est pas obligatoire au sens légal strict. Le Code du travail exige une "personne qualifiée" sans imposer de certification spécifique. Mais la CERTIFOPAC est aujourd'hui la preuve de qualification la plus reconnue et la plus opposable en cas de litige pour les vérificateurs indépendants en levage. Sans elle, vous devez pouvoir justifier votre qualification par d'autres moyens — diplômes, expérience documentée, formation spécifique — ce qui est plus difficile à défendre devant un tribunal ou un inspecteur du travail.

Un organisme accrédité COFRAC peut-il intervenir sur tous les types d'équipements de levage ?

Non. L'accréditation COFRAC est délivrée par domaine et par référentiel précis. Un organisme accrédité pour les ponts roulants industriels ne l'est pas nécessairement pour les chariots élévateurs ou les PEMP. Avant de mandater un organisme — ou avant d'intervenir vous-même au nom d'un tel organisme — vérifiez la portée exacte de l'accréditation sur le site du COFRAC. Intervenir hors portée d'accréditation, même pour un organisme reconnu, invalide le rapport.

Quelle assurance un vérificateur VGP indépendant doit-il souscrire ?

Une assurance responsabilité civile professionnelle couvrant spécifiquement l'activité de vérification et d'inspection d'équipements de travail est indispensable. Les contrats RC Pro généralistes excluent souvent ce type de mission ou plafonnent les garanties à des niveaux insuffisants. Les montants de garantie recommandés dans la profession tournent autour de 1 à 2 millions d'euros par sinistre pour les équipements de levage courants. En cas d'accident grave impliquant un équipement que vous avez contrôlé, c'est cette assurance qui détermine si vous ressortez financièrement intact ou non.

Comment justifier sa compétence sur un nouveau type d'équipement qu'on commence à contrôler ?

La démarche rigoureuse est la suivante : suivre une formation spécifique auprès d'un organisme reconnu (fabricant, école technique, organisme de certification), documenter cette formation avec une attestation précisant les équipements couverts, puis commencer par des contrôles en doublon avec un vérificateur expérimenté sur ce type de matériel. Ce compagnonnage, même informel, doit être traçable. Étendre son périmètre d'un coup sans formation documentée est le scénario que les experts judiciaires identifient en priorité après un accident.

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