Guide pratique10 min de lecture·Janvier 2025

Anomalies lors d'une VGP : comment les gérer et les documenter

La gestion des anomalies est le moment le plus délicat d'une VGP. Classification, responsabilités, communication client et suivi : voici la méthode rigoureuse à adopter.

La détection et la gestion des anomalies constituent le cœur du travail du vérificateur VGP. C'est précisément dans ces moments que sa compétence technique et son intégrité professionnelle sont les plus sollicitées. Un rapport qui conclut à des anomalies peut générer des tensions avec le client — coûts de remise en état, immobilisation d'un équipement, délais d'intervention — mais c'est exactement le rôle du vérificateur d'identifier et de signaler ces situations. Comprendre comment classer, documenter et communiquer les anomalies est donc fondamental pour exercer ce métier avec professionnalisme.

La classification des anomalies : trois niveaux de gravité

La pratique professionnelle, consolidée par les usages des organismes de contrôle et les recommandations de l'INRS, distingue généralement trois niveaux d'anomalies selon leur impact sur la sécurité et l'intégrité de l'équipement.

Une anomalie critique (parfois désignée "grave" ou "niveau 1") est une défaillance qui présente un danger immédiat pour la sécurité des personnes. Elle impose une recommandation d'immobilisation immédiate de l'équipement jusqu'à remise en état et nouvelle vérification. On entre dans cette catégorie lorsqu'un organe de sécurité essentiel est absent ou non fonctionnel (système parachute défaillant, limiteur de charge hors service), lorsque la structure présente une fissure ou une déformation qui compromet sa résistance, ou lorsqu'un flexible hydraulique haute pression menace de céder. L'utilisation de l'équipement en présence d'une anomalie critique expose l'employeur à une responsabilité pénale directe en cas d'accident.

Une anomalie majeure (ou "niveau 2") est une défaillance qui ne présente pas un danger immédiat mais qui doit être corrigée avant la prochaine utilisation normale ou dans un délai court. La dégradation marquée des pneumatiques, un frein de parking dont l'efficacité est réduite mais pas nulle, ou une fuite hydraulique lente sur un circuit secondaire peuvent relever de ce niveau. Le vérificateur doit préciser dans son rapport le délai dans lequel la correction doit intervenir.

Une anomalie mineure (ou "niveau 3") est une non-conformité qui ne présente pas de risque immédiat mais doit être corrigée dans un délai raisonnable, généralement avant la prochaine vérification périodique. L'absence d'un autocollant de sécurité, une légère corrosion superficielle sur une zone non portante, ou un éclairage de signalisation défaillant entrent typiquement dans cette catégorie.

La responsabilité du vérificateur face aux anomalies

La question de la responsabilité est centrale dans la gestion des anomalies. Le vérificateur VGP engage sa responsabilité civile et potentiellement pénale sur les conclusions de son rapport. Un rapport qui omet de signaler une anomalie grave, ou qui la classe à un niveau de gravité inférieur à celui qu'elle mérite, peut avoir des conséquences juridiques sérieuses si un accident survient par la suite.

La jurisprudence en matière d'accidents du travail liés aux équipements de levage montre que les rapports VGP sont systématiquement examinés lors des enquêtes d'accident. Si le rapport révèle qu'une anomalie était connue et non signalée, ou signalée mais mal qualifiée, le vérificateur peut être mis en cause. À l'inverse, un rapport qui a correctement identifié une anomalie et préconisé des mesures correctives dégage en grande partie la responsabilité du vérificateur si l'employeur n'a pas fait procéder aux réparations.

Il faut également comprendre que la responsabilité du vérificateur s'arrête à sa conclusion et à ses recommandations. Il n'est pas responsable de la décision de l'employeur de continuer à utiliser ou non l'équipement après avoir pris connaissance des anomalies signalées. Cette décision appartient à l'employeur, qui en assume les conséquences juridiques.

L'obligation d'immobilisation : qui décide et comment

Sur ce point, il existe une confusion fréquente chez les vérificateurs débutants. Le vérificateur VGP n'a pas le pouvoir légal d'immobiliser un équipement. Ce pouvoir appartient à l'inspecteur du travail. En revanche, le vérificateur a l'obligation réglementaire de mentionner explicitement dans son rapport, lorsqu'une anomalie critique est constatée, que l'utilisation de l'équipement est incompatible avec la sécurité et qu'il recommande son retrait du service immédiat.

Cette recommandation d'immobilisation doit être formulée de façon claire et non ambiguë dans le rapport. Des formules du type "anomalie grave détectée, utilisation déconseillée" ne suffisent pas. Il convient d'écrire explicitement : "Compte tenu de l'anomalie critique constatée [description précise], je recommande l'immobilisation immédiate de cet équipement jusqu'à remise en état et nouvelle vérification avant remise en service."

En pratique, lors de la vérification, si vous constatez une anomalie critique, il est recommandé d'en informer immédiatement le responsable présent sur site — verbalement dans un premier temps — en expliquant clairement la nature du risque. Cette communication orale immédiate, que vous confirmerez par écrit dans votre rapport, permet à l'employeur de prendre ses dispositions sans délai. Si l'équipement est en cours d'utilisation au moment où vous constatez l'anomalie, faites arrêter son utilisation immédiatement.

Documenter les anomalies : la méthode LNID

Une anomalie bien documentée est une anomalie défendable. Pour chaque anomalie constatée, votre rapport doit comporter quatre éléments fondamentaux : la Localisation précise de l'anomalie (sur quel composant, à quel endroit du composant), la Nature exacte de l'anomalie (fissure, déformation, fuite, usure, absence), l'Impact sur la sécurité ou le fonctionnement, et le Délai de correction recommandé. Cette structure LNID — Localisation, Nature, Impact, Délai — garantit que chaque anomalie est décrite de façon suffisamment précise pour que le prestataire de maintenance puisse identifier le problème sans nécessiter une nouvelle visite du vérificateur.

La photographie systématique des anomalies est devenue une pratique incontournable. Une photo bien cadrée, prise dans de bonnes conditions d'éclairage, avec un repère d'échelle si nécessaire, vaut bien souvent mieux qu'une longue description textuelle. Numérotez vos photos et faites-y référence dans le corps du rapport. Sur un rapport final, la présence de photos renforce considérablement la crédibilité de vos conclusions et facilite le suivi des réparations.

Notez également les références des composants lorsqu'elles sont disponibles : numéro de référence d'un flexible, dimensions d'une fourche, référence d'un fusible. Ces informations facilitent la commande des pièces de remplacement par le service maintenance et accélèrent la levée des réserves.

La communication au client : clarté et professionnalisme

La relation avec le client lors d'une vérification concluant à des anomalies demande du doigté. L'objectif n'est pas d'accabler le client mais de lui permettre de comprendre la nature des risques et les actions à mener. Une communication claire et factuelle, sans dramatisation inutile mais sans minimisation des risques réels, est le registre à adopter.

Lors de la restitution orale (sur site ou par téléphone), présentez les anomalies par ordre de gravité décroissante. Commencez par les anomalies critiques en expliquant pourquoi elles nécessitent une action immédiate, puis les anomalies majeures avec leur délai de correction, et enfin les anomalies mineures à planifier. Évitez le jargon technique excessif si votre interlocuteur n'est pas un technicien, et utilisez des analogies concrètes pour illustrer les risques.

Certains clients peuvent contester vos conclusions, parfois vigoureusement. Face à une contestation, adoptez une posture factuelle : rappelez-vous que votre conclusion repose sur des observations objectives que vous avez documentées. Si le client vous soumet une contre-expertise ou un avis technique contraire, vous pouvez en tenir compte si des arguments solides vous conduisent à reconsidérer votre analyse — mais ne modifiez jamais vos conclusions sous la pression commerciale.

Le suivi des levées de réserves

Lorsque vous avez constaté des anomalies et émis un rapport avec réserves, votre rôle ne s'arrête pas à la remise du rapport. Le suivi de la levée des réserves est une composante importante de votre mission, même si sa forme concrète dépend de vos conditions d'exercice et de vos accords avec le client.

Pour les anomalies critiques ayant conduit à une recommandation d'immobilisation, la levée de réserve nécessite une nouvelle vérification avant remise en service. Cette visite de contrôle doit être formalisée par un nouveau rapport ou une annexe au rapport initial, confirmant que les travaux ont été réalisés conformément aux préconisations et que l'équipement peut être remis en service.

Pour les anomalies majeures et mineures, le suivi peut prendre la forme d'une vérification documentaire (bon de commande, facture de réparation, attestation du prestataire de maintenance) ou d'une vérification physique lors de la prochaine VGP périodique. Dans ce dernier cas, assurez-vous que votre rapport suivant fait explicitement référence aux anomalies de la vérification précédente et indique si elles ont été levées ou si elles persistent.

Un système de suivi simple — une liste des anomalies avec réserves par client et par équipement — vous permet de ne pas perdre le fil entre deux vérifications et de challenger efficacement votre client lors de la prochaine visite. Cette rigueur dans le suivi renforce votre image professionnelle et contribue à la valeur réelle de votre prestation.

Simplifiez vos VGP avec Pro VGP

Générez vos rapports VGP en PDF en quelques secondes, directement depuis votre mobile.

Accéder à Pro VGP

Pro VGP — Gérez vos VGP au quotidien

Rapports PDF automatiques, signatures numériques, planning et portail client.

✓ Sans engagement  ·  ✓ Support inclus

Essayez Pro VGP

30 jours offerts

Sans carte bancaire · Sans engagement

Essayer gratuitement →